Rétro F1 : Silverstone 1951, des larmes pour Ferrari — онлайн

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Rétro F1 : Silverstone 1951, des larmes pour Ferrari - онлайн

« J’ai pleuré de joie, mais mes larmes d’enthousiasme étaient mêlées avec d’autres de chagrin car je pensais qu’en ce jour, j’avais tué ma mère« . 70 ans plus tôt, en ce 14 juillet 1951, Ferrari remportait sa toute première victoire en Formule 1, battant les redoutables monoplaces du constructeur Alfa Romeo, la « mère nourricière » avec lequel le « Commendatore » avait débuté sa carrière et commencé à forger sa légende avant-guerre au sein de la Scuderia.

De pilote à organisateur

Enzo Ferrari avait commencé sa carrière en tant que pilote, courant officiellement pour Alfa Romeo entre 1921 et 1924, époque où il acceda à la demande de la famille noble des Baracca de reprendre le blason de leur fils Francesco – as de l’aviation abattu pendant la guerre – le fameux Cheval cabré. Puis, à la fin des années 20, constatant qu’il n’avait plus le niveau pour défier la nouvelle génération de champions comme Nuvolari et Varzi, Ferrari avait commencé à occuper d’autres fonctions organisationnelles chez Alfa Romeo avant de sauter le pas et de créer sa propre structure de course.

En étau entre Alfa et l’état

Le surnom de « Commendatore », que Ferrari n’appréciait pas et auquel il préférait celui d’ « Ingeniere » (celui qui est mentionné d’ailleurs sur les plaques des rues), rappelait la période des années 30, où la Scuderia Ferrari, créée en 1929, fut le fer de lance d’Alfa Romeo en grand prix, mais dû aussi faire face à l’interventionnisme de l’état fasciste, avide de contrôle et d’exploitation propagandiste – c’est Mussolini d’ailleurs qui l’avait affublé du titre de « Commendatore ». Des relations où la politique et le sport se mêlaient beaucoup, au point que la rupture fut consommée en 1938 quand Ferrari constata que le nouveau département compétition officiel Alfa Corse, créé au profit du constructeur milanais alors contrôlé directement par l’état fasciste, entendait absorber sa Scuderia et décidait de transférer les installations de Modène vers Milan. Ferrari décide alors de retrouver sa liberté et quitte Alfa Romeo, non sans avoir supervisé l’élaboration d’une nouvelle monoplace appellée à une grande carrière, l’Alfetta 158, dotée d’un audacieux moteur 8 cylindres en ligne de 1.5 litre, en coopération avec un ingénieur motoriste nommé Gioaccino Colombo.

Ferrari est certes libre mais doit respecter une clause de non-concurrence avec Alfa Romeo qui lui interdit de construire et d’engager ses propres voitures en son nom propre. Il fonde alors la société AAC « Auto Avio Costruzioni » spécialisée dans la fabrication de pièces mécaniques pour l’automobile et l’aviation, et débauche plusieurs ingénieurs pour concevoir sa première voiture, l’AAC 815, qui sort en 1940. Mais malheuruesement, la guerre vient interrompre tout cela, l’entreprise étant mobilisée dans l’effort de guerre industriel.

GP d’après-guerre : l’empire italien

Nous voici 10 ans plus tard, en 1950, à l’occasion de l’inauguration du championnat du monde de Formule 1, une catégorie dont la règlementation a été fixée en 1948. Dans une Europe encore en pleine reconstruction, les redoutables écuries allemandes Mercedes et Auto-Union qui écrasaient tout sur leur passage à la fin des années 30 sont désormais hors-jeu, laissant la voie libre aux italiens pour dominer la scène des GP, accompagnés de rivaux français et anglais qui n’ont cependant pas les mêmes armes techniques. Et justement, depuis l’après-guerre, une marque écrase tout : Alfa Romeo, avec l’Alfetta 158, oui, celle qui fut développée en 1937 dans les ateliers de la Scuderia Ferrari. Aux mains de Jean-Pierre Wimille, Giuseppe Farina et d’une nouvelle terreur venue d’Amérique latine, un certain Juan-Manuel Fangio, les Alfetta, propulsée par un fabuleux 8 cylindres en ligne à compresseur de 370 chevaux, raflent la plupart des courses et dominent le championnat du monde 1950 avec 6 victoires en 6 participations et le titre pilotes pour Farina. Mais dans le clan italien, Alfa Romeo et Maserati ne sont plus seuls.

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L’alfetta, reine des circuits d’après-guerre, achève son règne en 1951 face à la montée en puissance des Ferrari plus modernes

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Ferrari en rival d’Alfa Romeo

Depuis 1947, la marque Ferrari existe officiellement. Son premier modèle de compétition est la 125S, déclinée en voiture de sport et en monoposto de Grand Prix. Elle est équipée d’un V12 de 1500cc conçu par un certain Colombo…le même que celui qui a conçu le 8 en ligne de l’Alfetta. Mais avec 260 chevaux, les Ferrari 125S ne peuvent rien face aux Alfetta qui disposent de quasiment 100 CV de plus. D’ailleurs, Ferrari n’a pas participé à la manche inaugurale de la F1 à Silverstone en 1950, préférant s’engager dans une épreuve de F2 mieux rémunérée.

En 1951, Alfa Romeo continue sa marche en avant avec l’Alfetta 159, une évolution encore plus puissante qui dispose désormais d’un 8 cylindres à deux compresseurs de 425 chevaux ! La concurrence semble à des années-lumière, mais Ferrari monte en puissance avec une nouvelle monoplace, la 375 F1, qui dispose d’un V12 atmosphérique de 4.5 litres de cylindrée développant 370 chevaux. Si le déficit de puissance est encore important, l’Alfetta a un point faible : sa consommation de carburant, estimée trois fois supérieure à celle de Ferrari et qui découle en partie de la conception désormais ancienne de son moteur. Pour preuve, une 159B est alignée à partir de Reims, avec des réservoirs latéraux additionnels ! Toutefois, sur des pistes de pleine puissance comme Spa et Reims avec des courses de plus de 500 kilomètres, les Alfetta restent dominatrices et remportent, Indy excepté, les 3 premiers GP de la saison.

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La 375 F1 et son superbe V12 4.5 Colombo

Et Ferrari « tue la mère »

Arrive Silverstone, un circuit différent qui propose moins de lignes droites, de nombreux virages à angle droit et une vitesse au tour plus lente, pour une épreuve raccourcie à 400 kilomètres où les ravitaillements, qui peuvent allègrement dépasser les 40 secondes, seront très pénalisants. Les Alfa Romeo sont moins à leur avantage avec leur surpoids et un tracé qui ne leur permet pas de profiter pleinement de leur cavalerie. Dès les qualifications, c’est un premier coup de théâtre puisqu’elles sont battues pour la première fois depuis le début du championnat du monde par une Ferrari. Au volant, un autre argentin, José Froilan Gonzalez, surnommé « El Cabezon » en raison de sa grosse tête et de sa forte corpulence, mais aussi le « taureau de la pampa » en raison de son style de pilotage agressif et viril. Ami de Fangio, il a été recruté par Ferrari aux côtés d’Ascari et de Villoresi et vient en renfort à Silverstone, ce qui n’était pas prévu au départ, après sa belle prestation au GP de France. Gonzalez a battu Fangio d’une seconde pleine aux essais, bien qu’il ne dispose pas de la 375 évoluée à double allumage dont profite Ascari.

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Les argentins en force
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Fallait pas l’embêter le José Froilan !

Duel argentin

En course, après un départ raté de Gonzalez et Fangio qui permet brièvement à Felice Bonetto de prendre la tête, les deux argentins se mettent rapidement en action et se détachent du reste du peloton. Ascari, Farina et Villoresi sont irrémédiabement distancés et en dehors du coup pour la gagne. Le combat est très serré entre ces deux champions aux styles très opposés, la conduite coulée et fluide de Fangio se confrontant au pilotage musclé de Gonzalez qui ne ménage pas sa monture. Fangio et Gonzalez s’échangent à plusieurs reprises le leadership puis El Maestro Fangio finit par se détacher avec une Alfa allégée. Il s’arrête vers le 48e tour pour refaire le plein. L’arrêt dure près d’ue minute et les mécanos ont remis un peu trop de carburant.

Gonzalez, profitant d’une Ferrari moins gourmande et allégée à son tour, augmente son rythme et ne s’arrête qu’au 60e tour, pour un arrêt « éclair » de 23 secondes ! Quand il ressort des stands, il compte plus d’une minute d’avance sur Fangio qui n’arrivera pas à le rattraper. Comme cela est possible à l’époque, un pilote peut céder son volant à un autre pour obéir à des consignes d’équipes. Ascari, qui joue le titre chez Ferrari et qui a été retardé par des ennuis mécaniques, pouvait récupérer la voiture de Gonzalez mais renonça et laissa avec élégance l’argentin franchir la ligne d’arrivée en 1er, offrant à Ferrari sa première victoire en championnat du monde. Rétro F1 : Silverstone 1951, des larmes pour Ferrari - онлайн

C’est un signe des temps. Certes, grâce au talent immense de Fangio, Alfa Romeo conserve le titre en fin de saison, mais l’Alfetta, dont la conception remonte désormais à 14 ans, ne peut plus contenir Ferrari qui a remporté deux des trois autres GP de la saison, au Nürburgring et en Italie grâce à Ascari. A la fin de la saison, Alfa Romeo se retire du championnat et la F1 annonce le passage à la règlementation F2 pour attirer plus de concurrents,  laissant la voie libre à Ferrari pour entamer sa première période de domination sur la F1.

 

Images : Wikipedia, pinterest et images auteur (Alfetta)

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